La Corse du Sud, entre mer et montagne

Antoine Lorgnier

L'histoire

Bonifacio - Tout en haut de la montée Saint-Roch, le vent soudain nous attrape et ne nous lâche plus. Les falaises de calcaire brillent sous le soleil. Quelques genévriers rampent au sol et cent mètres sous nos pieds, les eaux turquoise sont tentantes. On a l’impression de tanguer, posé en équilibre précaire sur ces falaises. Un peu comme la ville de Bonifacio, ses maisons, ses remparts qui se détachent sur le bleu limpide du ciel.

En Corse du Sud, la nature est le grand maître à bord. Parfois sage, souvent sauvage. En suivant les ruelles fraîches et sombres de la citadelle, on revient toujours à la mer. Au loin, les bateaux doublent le phare de la Madonnetta. Ils partent à la conquête des Bouches de Bonifacio. Dans cet immense parc naturel marin, les tranquilles plages de sable blanc sont serties dans un gigantesque chaos de pierres.

Pour la baignade et la nature douce, on rejoint Porto-Vecchio et ses plages. Chacune a son propre caractère. Il y a Rondinara, la baie presque parfaite avec son maquis tombant sur une plage immense et une eau transparente. Puis Santa-Giulia qui joue la seychelloise avec ses blocs de granit écroulés dans la mer. Palombaggia, elle, est la plus éblouissante en fin de journée, lorsque le soleil couchant porte à incandescence ses rochers rouges.

Mais en Corse du Sud, la montagne indomptée n’est jamais loin. De Porto-Vecchio, on serpente le long d’une route tortueuse jusqu’aux aiguilles de Bavella. Au bout de deux heures d’ascension, le col; un lieu magique, exceptionnel. La montagne, creusée, tailladée par la pluie, le gel et le vent, est un enchevêtrement de roches amoncelées. Dans cette exubérance minérale, on voit jaillir des aiguilles de granit rouge. Celle de la Punta di u Furnellu nous toise du haut de ses deux mille mètres.

A leurs pieds, les sentiers de randonnée se faufilent au milieu des pins laricio aux formes tourmentées. C’est dans ces hauteurs que s’est forgée l’identité corse. On en traque les témoignages sur la route de Sartène, dans les sites préhistoriques de Palaggiu, Stantari, Cauria. Les monolithes anthropomorphes et les dolmens s’y nichent sous les arbres, même parfois sous les ronces. La piste nous ramène jusque dans les villages perchés de l’Alta Rocca. Là, on retrouve les origines de la gastronomie montagnarde corse. Une cuisine faite de charcuterie et de farine de châtaignes, bien loin d’une mer trop souvent synonyme d’invasion.

Quand y aller ?

C’est en automne, de la mi-septembre à la mi-novembre, que la Corse est la plus belle. L’île a retrouvé son calme, la vie locale a repris ses droits. Les routes se sont vidées, les plages aussi et la mer flirte encore avec les 20°. Les châtaigneraies de la Castagniccia et du Sartenais se parent de leurs plus belles couleurs, dégradé jaune, orange, marron. Les forêts résonnent du bruit des châtaignes qui tombent au sol en rebondissant sur les branches.

Comment y aller ?

Toute l’année, l’île est desservie par des compagnies de ferries (Corsica Ferries, La Méridionale, Corsica Linea, Moby) au départ de Marseille, Nice, Toulon (France), Gênes, Livourne ou Savone (Italie) ainsi que par plusieurs compagnies aériennes au départ de Paris et Londres.

Expériences

Belles lames

A la coutellerie Ceccaldi, les lames rougeoient dans la forge. D’autres sont frappées à grands coups de marteau, pliées, refrappées. Elles deviendront de magnifiques lames en damas. Dans les ateliers à côté, on taille et on assemble les manches en bois d’olivier ou en corne. Ils dévoilent toute la complexité de la fabrication de ces couteaux, véritables objets d’art.

A capella chez soi

Lorsque les voix des chanteurs envahissent la maison, plus rien ne compte, ni le temps, ni l’environnement. Les chants polyphoniques corses (« A pulifunia Corsa») sont d’une puissance et d’une beauté envoûtantes. Jadis chantés dans les vallées reculées par les bergers, les voici chez vous, à domicile, portés par des chanteurs et des musiciens passionnés par la culture de leur île.

Mets de caractère

En entrée, Nicole sert la copa et le lonzu, les deux piliers de la charcuterie corse. « Fait maison », dit-elle simplement en indiquant son mari Paul de la tête. Ce soir, dans leur ferme perdue près des Aiguilles de Bavella, canelloni au brocciu et fiadone au citron sont au menu. Le tout arrosé d’un bon vin corse et des petites histoires du couple, Corses depuis toujours. Un régal.

Nos adresses

Eternisula

Mets d’altitude

Installé dans une ancienne école, l’Eternisula est une adresse sans prétention à la cuisine savoureuse, idéale pour les randonneurs et les amateurs de bons produits locaux. Assiette de charcuterie sans fioritures, salades copieuses et belles trouvailles comme le tiramisu à la crème de châtaigne.

Route de Quenza, 20124 Zonza
Tél. : +33 (0)4 95 27 44 71

Ciccio

Citadelle gourmande

Le restaurant Ciccio n’est pas une découverte mais sa réputation ne faiblit pas au fil des années. Dîner en terrasse y est toujours aussi agréable et la cuisine corse, modernisée, nous séduit toujours.

6 rue Saint Jean-Baptiste, 20169 Bonifacio
Tél. : +33 (0)6 16 98 81 68

A Cantina di l'Orriu

Assiette de terroir

Avec ses jambons accrochés au plafond et ses étagères croulant sous les bocaux, la boutique de l’Orriu est devenue une institution pour la qualité de ses produits. Un restaurant complète l’initiation à la gastronomie locale. On a juste envie de tout goûter et... de tout acheter.

5 Cours Napoléon, 20137 Porto-Vecchio
Tél. : +33 (0)4 95 70 26 21

The Beach

Musique à fleur de vagues

Dès les belles nuits d’été, The Beach, tenu par Julien et Florent Santarelli, attire irrésistiblement. Le petit port de la commune de Sartène se mérite. Mais une fois sur place, on enfonce nos pieds dans le sable et on se laisse porter par la musique, tous les soirs différente.
Ouvert de mi-juin à fin août.

D48, hameau de Tizzano, 15 km de Sartène
Tél. : +33 (0)4 95 77 07 25

Alta Rocca

Sable enivrant

A deux pas de la plage de Propriano, l’Alta Rocca mélange habilement bar à vin, bar à tapas et musique live. A déguster, le cocktail Alta Rocca, champagne, cognac et sucre de canne.
Fermé de novembre à avril.

Marina Viva, 20166 Porticcio
Tél. : +33 (0) 4 95 25 13 87

Grand Café Napoléon

Napoléon mania

Avec sa grande salle Second Empire et son enseigne à l’image de l’empereur, le Grand Café Napoléon est l’adresse où boire un café tout en écoutant les Ajacciens parler et s’apostropher avec vigueur et bonne humeur.

10 cours Napoléon, 20000 Ajaccio
Tél. : + 33 (0) 4 95 21 42 54

Cucuruzzu

L’histoire en pierres majuscules

Ce site préhistorique est un village forteresse datant de l’âge du bronze. Il impressionne par la taille des pierres empilées une à une pour construire l’enceinte, qui protégeait les premiers occupants. De là, la vue sur les aiguille de Bavella est splendide. Le site voisin de Capula date du Moyen-âge. Ne pas oublier le Musée de l'Alta Rocca, à Levie, qui abrite les pièces retrouvées pendant les fouilles.

20170 Levie
Tél. : +33 (0)4 95 78 48 21

Clos Canarelli

Beaux flacons

Chez Yves Canarelli, près de Figari, les odeurs de vins se mêlent à celle du maquis qui entoure les vignes. L’homme a fait le pari de réhabiliter et de travailler en bio les cépages corses. Il est désormais reconnu comme un des meilleurs viticulteurs de l’Ile de Beauté et ses vins collectionnent les distinctions, en particulier ses rouges profonds, raffinés et puissants.

Village de Tarabucetta (20114)
Tél. : + 33 (0) 4 95 71 07 55

L’Uomo di Cagna

Roche fantastique

Cette belle balade au départ du village de Giannuccio nous emmène au cœur d’un chaos de pierres perdu au milieu des bruyères et des chênes verts. Partout d’étranges rochers aux formes tourmentées font chavirer l’imagination. Le plus étonnant d’entre eux reste bien sûr l'Uomo di Cagna, en forme de tête, qu’on découvre après une petite heure de marche dans le maquis.

Au départ du village de Giannuccio